• égal

    ÉGAL, ALE, AUX, adj. et subst.
    I.− Adjectif
    A.− [En parlant de pers. ou de choses que l'on compare]
    1. [En parlant de choses] Qui ne présentent pas de différence quantitative.
    a) [Choses comparées entre elles] Partager en parts égales, à intervalles égaux. Cent vers coupés en dizains chastes Comme les ronds égaux d'un même saucisson (Verlaine, Poèmes divers, 1896, p. 151). Le signe salutaire de la croix aux branches égales (Claudel, Tête d'Or, 1901, p. 268) :

    1. ... si l'on connaît (...) que les angles correspondants sont égaux et que les côtés homologues sont proportionnels, on comprend immédiatement pourquoi les triangles sont semblables.
    Ruyer, Esquisse d'une philos. de la struct., 1930, p. 220.


    Proverbe, pop., vieilli. ,,Cela est égal comme deux œufs, se dit de deux choses d'une égalité parfaite`` (Ac. 1835, 1878).
    [Avec un compl. prép. indiquant en quoi les choses ne présentent pas de différence] Trois cercles se montrèrent à lui, égaux en mesure, divers en couleurs (Ozanam, Philos. Dante, 1838, p. 201). Dédale de rues, égales de largeur et de longueur (Verne, 500 millions, 1879, p. 88) :

    2. ... toutes les perspectives prennent de la profondeur par notre mouvement, (...) surtout celles qui résultent de ce que des objets semblables et égaux en grandeur se trouvent à des distances différentes de nous.
    Alain, Systèmes des beaux-arts, 1920, p. 177.


    Spéc., GÉOM. [En parlant de deux figures géométriques] Superposable. Si deux côtés d'un triangle et l'angle qu'ils comprennent sont respectivement égaux à deux côtés d'un autre triangle et à l'angle qu'ils comprennent, les triangles sont égaux (Collection de math., classe de 5e, Paris, Bordas, 1960).
    b) [Une ou plusieurs choses comparées à une ou plusieurs autres choses] La somme des angles d'un triangle est égale à deux droits. Tout corps plongé dans un liquide éprouve de bas en haut une pression égale au poids du liquide déplacé (Claudel, Art poét., 1907, p. 134) :

    3. Traçons un triangle! (...) Étant donné que le carré de l'hypothénuse est égal à la somme des carrés des côtés de l'angle droit et que deux quantités égales à une troisième sont égales entre elles...
    Achard, Voulez-vous jouer avec moâ? 1924, p. 165.


    [Avec un compl. prép. indiquant en quoi la (les) chose(s) ne présente(nt) pas de différence avec une ou plusieurs autres choses] :

    4. La religion seule étoit capable d'élargir assez le cœur de l'homme, pour qu'il pût contenir des soupirs et des amours, égaux en nombre à la multitude des morts, qu'il avoit à honorer.
    Chateaubriand, Génie du christianisme, t. 2, 1803, p. 331.


    2. [En parlant de choses ou de pers. que l'on compare] Qui ne présentent pas de différence qualitative.
    a) [Pers. ou choses comparées entre elles] Combattre à armes égales. Glorieusement poète (...) elle [Hélène Picard] tient pour récompenses égales la poésie, la pauvreté, la solitude (Colette, Paysages et portraits, 1954, p. 226) :

    5. Pâle Alighieri, toi, frère de Cynégire,
    Ô sévères témoins, ô justiciers égaux,
    Penchés, l'un sur Florence et l'autre sur Argos,
    Hugo, L'Année terrible, 1872, p. 59.


    Loc. Toutes choses égales (d'ailleurs, vieilli/par ailleurs). En admettant que les circonstances ne présentent pas de différence. Quand j'ai décomposé l'eau (...) en ses éléments, je dois pouvoir toutes conditions égales d'ailleurs, reconstituer de l'eau avec ces mêmes éléments (Bourget, Disciple, 1889, p. 41). La situation de l'artillerie belge était, toutes choses égales, plus prospère que la nôtre, et avait surtout à faire face à des tâches moins écrasantes (Joffre, Mém., t. 2, 1931, p. 43).
    PHONÉT. Diphtongues égales (ou indécises). Diphtongues ,,où les deux éléments ont sensiblement même qualité vocalique`` (Mar. Lex. 1933, p. 68).
    [Avec un compl. prép. qui précise en quoi les pers. ou les choses ne présentent pas de différence] Être égaux en force, en valeur. Égaux par la vaillance, (...) peuples, formez une sainte alliance, et donnez-vous la main (Béranger, Chans., t. 2, 1829, p. 168). On nous laisse en arrière et nous demeurons pour la force égaux à des enfants, avec nos bâtons (Claudel, Agamemnon, 1896, p. 865) :

    6. Arithmétique! Algèbre! Géométrie! (...) pendant mon enfance, vous m'apparûtes, une nuit de mai, (...) toutes les trois égales en grâce et en pudeur, toutes les trois pleines de majesté comme des reines.
    Lautréamont, Les Chants de Maldoror, 1869, p. 192.


    Spéc. [En parlant de pers.] Dont les droits ou les devoirs ne sont pas différents. La Révolution, en passant sur notre France, a rendu les hommes égaux, confondu les rangs (Dumas père, Antony, 1831, IV, 6, p. 210). J'avais appris dans l'évangile que les hommes sont tous égaux, tous frères (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 44).
    [Avec un compl. prép. précisant par rapport à quoi ou à qui les droits ou les devoirs ne présentent pas de différence] Tous les hommes sont égaux devant la loi, devant la mort. Samaritains et Juifs sont égaux aux yeux de cet homme [Jésus]. Les Gentils mêmes, les Syriens, les Grecs, sont déjà reçus par lui (P. Leroux, Humanité, t. 2, 1840, p. 744). Homère (...) annonçait le triomphe de l'homme; non pas d'un roi, mais de l'homme, de tout homme. Tous sont égaux devant le poète (Alain, Propos, 1935, p. 1259).
    b) [Une ou plusieurs pers. ou choses comparées à une ou plusieurs autres pers. ou choses] Au lieu de lui être égale, elle [Béatrix] était écrasée par Félicité; loin de la jouer, elle était jouée par elle (Balzac, Béatrix, 1839-45, p. 201). Mme Morizot (...) envoie des ébauches égales aux esquisses de l'année passée; de jolies taches qui s'animent et exhalent de féminines élégances (Huysmans, Art. mod., 1883, p. 276).
    [Avec un compl. prép. indiquant en quoi la/les pers. ou la/les chose(s) ne présente(nt) pas de différence avec une ou plusieurs autres pers. ou choses] Nous comptons diviser notre contingent d'élèves en équipes sensiblement égales de corps et d'esprit, afin que tous puissent bénéficier au même degré de la même formation (Pesquidoux, Livre raison, 1932, p. 191). L'Europe de l'ancien régime se dressa contre la France, quand l'Assemblée proclama : « les hommes naissent libres et égaux en droit. » (De Gaulle, Mém. guerre, 1959, p. 93) :

    7. ... les jours de fêtes carillonnées où l'on serait heureux de voir la musique égale en beauté au cérémonial et à la pompe du rite, l'on est précisément condamné à n'entendre que de la quintessence de mauvais chant.
    Huysmans, L'Oblat, t. 1, 1903, p. 71.


    3. [En parlant d'une chose abstr.]
    a) [Chose abstr. désignant une quantité ou une qualité] Qui ne présente pas de différence, qui est au même degré d'extension dans deux ou plusieurs personnes ou choses.
    [Chose abstr. désignant une quantité] À égale distance de, à distance égale. Les « chromosomes », (...) se trouvent en nombre égal dans le spermatozoïde et dans l'ovule (J. Rostand, La Vie et ses probl., 1939, p. 29) :

    8. ... on compte, en 1910, plus de 101 millions d'habitants aux États-Unis. Ce chiffre, toutefois, n'égale pas encore le quart de la population de l'Europe, à superficie à peu près égale.
    Vidal de La Blache, Principes de géogr. hum., 1921, p. 20.


    [Chose abstr. désignant une qualité] D'égale gentillesse, de qualité égale. Je ne sais si ces choses que je vais vous dire vous paraîtront toutes dignes d'une égale foi (Toulet, Don Quichotte, 1902, p. 30) :

    9. ... à science égale, y a-t-il des grands généraux comme il y a de grands chirurgiens qui, les éléments fournis par deux états maladifs étant les mêmes au point de vue matériel, sentent pourtant à un rien, (...) que dans tel cas ils ont plutôt à faire ceci, dans tel cas plutôt à faire cela.
    Proust, Le Côté de Guermantes 1, 1920, p. 113.


    b) [Action ou chose impliquant une action] Qui ne crée pas, qui ne présente pas de différence entre deux ou plusieurs personnes. Distribution égale, justice égale pour tous, partage égal, la partie (n')est (pas) égale, faire jeu égal avec qqn, tenir la balance égale (cf. balance ex. 14). Ce haras, où l'on élève, avec des soins égaux et suivant des règles uniformes, une race de chevaux choisis (Cabanis, Rapp. phys. et mor., t. 1, 1808, p. 406). Tout contrat entre deux est égal pour les deux (Alain, Propos, 1932, p. 1093) :

    10. Celui qui ne peut vaincre cherche sa consolation dans une égalité des fortunes où son infériorité disparaîtra. (...) Enfant, il exige la part égale dans tout partage; adulte, il revendique presque maladroitement l'égalité autour de lui.
    Mounier, Traité du caractère, 1946, p. 595.


    Loc., vieilli. Faire tout égal. ,,Tenir la même conduite entre deux ou plusieurs personnes, ne pas favoriser l'une plus que l'autre`` (Ac. 1835, 1878).
    B.− P. ext. [En parlant d'une pers. ou d'une chose considérée isolément]
    1. Dont le développement ne présente pas de différence.
    a) [Dans l'espace] Rare ou littér.
    [En parlant d'une étendue] Qui ne présente pas d'aspérités, de saillies. Une aire bien égale; un chemin bien égal. (Ac.) Synon. plus cour. plat, uni. Ses branches [de l'araucaria] (...) s'arrêtent toutes au même niveau pour former un plateau parfaitement égal (Cendrars, Du monde entier, Ignorance, 1957, p. 210) :

    11. Il s'était fait (...) une poussée de maisons à peu près égale, avec quelques pointes juste un peu plus hâtives le long des chemins qui conduisaient à d'anciens faubourgs,...
    Romains, Les Hommes de bonne volonté, Le 6 octobre, 1932, p. 193.


    [En parlant d'une couleur, d'une lumière] Dont l'intensité ne présente pas de différence. Une montagne (...) tout entière estompée dans le gris violâtre le plus égal et le plus tendre (Fromentin, Voy. en Égypte, 1869, p. 75). La lumière égale, sans clair-obscur, qui venait par les grandes fenêtres (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 121).
    b) [Dans le temps] Sommeil, rythme égal; respiration, température, voix égale. Beaucoup vu M. du G. ces derniers jours; avec un plaisir, un intérêt et un profit toujours égaux (Gide, Journal, 1921, p. 709). La promenade égale de la pendule (Morand, Ouv. la nuit, 1922, p. 43).
    Égal(e) à lui/elle-même, à soi-même. Ce génie à soi-même toujours égal, sans intermittences d'aucune sorte (Du Bos, Journal, 1927, p. 377). Le butor pionce toujours égal à lui-même (Arnoux, Roi, 1956, p. 39) :

    12. J'admire ceux qui toujours sont égaux à eux-mêmes, qui ne se font jamais défaut. Quant à moi, je ne puis compter sur moi-même. D'où ma peur des rendez-vous, des engagements..
    Gide, Journal, 1931, p. 1060.


    En partic. [En parlant d'une pers., d'un attribut d'une pers.] À l'abri des réactions extrêmes, en particulier de la violence ou de la nervosité. Humeur égale. Synon. amène. Et quel caractère égal! Je ne lui ai jamais vu [à Maréchal] de mauvaise humeur (Maupass., Pierre et Jean, 1888, p. 371) :

    13. Une femme dure et sensible jamais égale (...) l'attendrissement et la bouderie close, et profondément attachée à son foyer, à condition qu'il fût orageux.
    Arnoux, Le Chiffre, 1926, p. 224.


    2. Dans des loc. verbales, fam. [Le suj. gramm. est le plus souvent un indéf. ou un impers.] Dont la solution (s'il y a problème) ou le sens de la décision importe peu. Être égal. Être indifférent, n'avoir pas d'importance.
    a) [Sans compl. second. désignant une pers.] Vx. « Ton fils est mort » disoit un autre guerrier à une mère, et la mère répondoit, en pleurant : « c'est égal » (Chateaubr., Natchez, 1826, p. 291) :

    14. ... comme la lune passait je m'écriai :
    − Si je suis si triste pour elle, c'est à cause de sa pâleur.
    La reine alors :
    − Qu'est-ce que cela vous fait? me dit-elle. Et cela me parut soudain tellement égal que je fus bien forcé d'en convenir.
    Gide, Le Voyage d'Urien, 1893, p. 36.


    P. antiphrase. [En guise de protestation discrète contre une opinion imposée] C'est égal. Quoi qu'il en soit. La douleur n'est déjà plus aussi vive : rien qu'une grande lassitude (...) C'est égal! je crois que cette nuit je ne dormirai guère (A. Daudet, R. Helmont, 1874, p. 70). Je le savais bien, que, malgré les apparences, tu n'étais pas de cœur avec eux! c'est égal, quel sale quart d'heure (Montherl., Exil, 1929, III, 4, p. 83).
    b) [Avec un compl. second. désignant une pers.]
    Rare. [Le suj. désigne une/des pers. ou une/des chose(s)]
    [Avec une alternative] La femme d'Édouard était enceinte (...). Une fille ou un garçon lui était égal (Goncourt, Journal, 1863, p. 1343).
    [Sans alternative] Cela le brisait qu'elle [Nana] lui eût préféré un enfant! Steiner lui était égal, mais cet enfant (Zola, Nana, 1880, p. 1251) :

    15. Si je n'avais ici ma mère et mes trois enfants, je retournerais chez moi; les privations me seraient égales. Au moins, je serais en France.
    Green, Journal, 1941, p. 57.


    Cour. [Le suj. gramm. est un indéf. ou un impers., suivi d'un « sujet réel » sous la forme d'un propos ou discours dir., une complétive introduite par que dont le verbe est au subj., ou un inf. introduit par de]
    [Avec une alternative] Il m'est aussi parfaitement égal de découper un chrétien que la première volaille venue (Flaub., Mme Bovary, t. 2, 1857, p. 21) :

    16. Hé bien, moi, je ne le trouve pas drôle; ou plutôt cela m'est tout à fait égal qu'il soit drôle ou non. Je ne fais aucun cas de l'esprit.
    Proust, Le Côté de Guermantes 1, 1920, p. 239.


    [Sans alternative] Va, ça m'est égal, que nous soyons ruinés. Pourvu qu'on soit ensemble, on n'est pas malheureux (Zola, Bonh. dames, 1883, p. 753) :

    17. − (...) si je voulais faire le gambit de la dame, j'arriverais à l'échec en quatre coups.
    − Faites le gambit de la dame, ça m'est égal.
    − Comment? Toi, un vieux routier, ça te serait égal de te laisser faire mat avec deux pièces prises seulement?
    Miomandre, Écrit sur de l'eau, 1908, p. 194.


    II.− Substantif
    A.− Personne, chose qui ne présente pas de différence qualitative, de différence de valeur avec une autre. Cette conscience (...) sans laquelle l'immortalité serait pour nous l'égale de la mort (Maeterl., Av. gd. sil., 1934, p. 16) :

    18. D'avoir entendu quinze ans durant sa mère vanter le bonheur idyllique des cultivateurs des vieilles paroisses, Maria (..) savait (...) qu'aucun des jeunes gens riches de Saint-Prime (...) n'était l'égal de François Paradis avec ses bottes carapacées de boues et son gilet de laine usé.
    Hémon, Maria Chapdelaine, 1916, p. 50.


    Locutions
    Sans égal. Ce bon monsieur (...) se mit à me louer (...) démesurément (...) m'appelant homme sans égal, incomparable, inimitable (Courier, Pamphlets pol., 1824, p. 209). [L'empire romain] n'a pas tardé à se dissoudre graduellement en produisant une dégradation morale à jamais sans égale (Comte, Philos. posit., t. 5, 1839-42, p. 219).
    [Avec un compl. prép. qui précise en quoi la pers. ou la chose n'a pas d'égale] Ce peuple fier aux combats sans égaux Heurte dans son essor l'antique Pelasgos (Leconte de Lisle, Poèmes ant., 1852, p. 269).
    [En parlant d'une chose] N'avoir d'égal que + subst. Gaspard est un garçon perdu. Ses mœurs plus que déplorables n'ont d'égales que les pires du monde (Verlaine, Œuvres compl., t. 4, Les Mémoires d'un veuf, 1886, p. 247). Son désintérêt n'a d'égal que sa courtoisie (Du Bos, Journal, 1921-23, p. 65) :

    19. La plus grande partie de l'humanité doit périr. (...) mais après cette ère de catastrophes qui n'aura eu d'égal que le déluge, les chrétiens connaîtront la paix.
    Green, Journal, 1947, p. 103.


    Rem. L'accord du subst. se fait avec le 1er ou le 2e terme de la locution.
    Vx. Marcher l'égal de qqn ou de qqc. Être l'égal de quelqu'un ou de quelque chose :

    20. Je suis en admiration continuelle devant le mérite de tous ces-messieurs-là; et, quand je pense qu'avec de la mémoire peut-être aurais-je pu marcher leur égal, je ne me console pas d'en être privé.
    Jouy, L'Hermite de la Chaussée d'Antin, t. 2, 1812, p. 147.


    [Avec un compl. prép. qui précise en quoi une pers. ou une chose est l'égale d'une autre] Sur la différence du génie français et du génie italien dans les arts : le premier marche l'égal du second pour l'élégance et le style, au temps de la Renaissance (Delacroix, Journal, 1852, p. 495).
    [Avec un compl. prép. qui précise en quoi une pers. ou une chose ne présente pas de différence qualitative, de valeur avec une autre] Ce château (...) de Joinville (...) devenu (...) l'égal en splendeur de Vaux-le-Vicomte (France, Lys rouge, 1894, p. 23). Le vicomte Olivier, qui passait sa vie (...) chez les (...) financiers israélites, n'avait pas son égal pour l'emportement des discours contre eux (De Vogüé, Morts, 1899, p. 421).
    Spéc. Personne qui ne présente pas de différence de droits avec une autre. Il [le socialisme] proclame le droit de la femme, cette égale de l'homme (Hugo, Actes et par., t. 2, 1875, p. 470) :

    21. Ne t'imagine pas, parce que tu es boursier, devoir rien à personne. Tu es l'égal de tous; fais-le sentir aux camarades riches, en les dédaignant.
    Giraudoux, Simon le Pathétique, 1926, p. 8.


    Loc. D'égal à égal. Ce peuple s'est écrit avec le sang des révolutions des lettres de noblesse qui lui permettent (...) de traiter d'égal à égal avec la royauté (Dumas père, Darlington, 1832, II, 2, p. 96). Le Japon se considère comme l'État d'avant-garde qui doit organiser l'Asie (...) et la rendre capable de traiter d'égale à égale avec l'Europe (Jaurès, Paix menacée, 1914, p. 61).
    Rem. L'accord avec le 2e déterminé est indécis.
    B.− Loc. prép. À l'égal de + subst. Autant que, d'une façon qui ne présente pas de différence avec une autre. Ce sera comme un songe doré dans ma vie, et une fois je me serai vue riche et parée à l'égal d'une reine (Dumas père, Don Juan de Marana, 1836, II, 4, p. 32). Déesses vénérées et redoutées à l'égal des Parques, elles s'étaient nommées les Fatales (France, J. d'Arc, 1908, p. 12).
    Rare. [La loc. est suivie d'un inf. introduit par de] Mon père, probablement très fier d'avoir un précepteur pour son fils, ne craignait rien à l'égal de me voir « aller avec des enfants du commun » (Stendhal, H. Brulard, t. 1, 1836, p. 100).
    Rem. On rencontre chez Alain le subst. masc. à valeur de neutre égal, synon. de égalité. Aucune des figures du géomètre ne possède le droit, l'égal, le courbe; bref, (...) le nombre, la grandeur et la forme ne sont point collés à la chose comme semblent l'être la couleur et le poids (Propos, 1922, p. 393). Une volonté de chercher l'égal, le semblable, l'homme tout nu, cela est encore une sorte d'hommage à l'inégal (ibid., 1929, p. 842).
    Prononc. et Orth. : [egal], plur. [ego]. Ds Ac. 1694-1932. La loc. d'égal à égal peut être considérée comme un groupe figé, dans lequel chaque adj. reste invar. Ex. Elle le traita d'égal à égal. Il les traita d'égal à égal. Des auteurs mod., cependant, font l'accord au fém. sing. et au fém. plur. Mais on ne le rencontre pas au masc. plur. (cf. Grev. 1964, § 388 qui cite ds Giraudoux, École indiff., 1911, p. 187 : au milieu de merveilles qu'il traitait d'égal à égales ou ds Arland, Ordre, 1919, p. 48 : ce qui l'empêchait [Justin] de traiter Renée d'égal à égale). L'adj. est admis ds Ac. 1694-1932. Homon. ego avec égaux. Étymol. et Hist. A. En parlant de personnes ou de choses que l'on compare 1. ca 1150 igal « (d'une valeur, d'une qualité) qui est la même dans plusieurs choses » (Thèbes, éd. Raynaud de Lage, 8539); ca 1160 egal painnes... egal jugement (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, II, 1282); 1641 subst. [une] vertu sans égale (Corneille, Horace, III, 2); 2. 1155 « (d'une personne) qui est de même rang qu'une autre; qui jouit des mêmes avantages » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 9754); 1595 à l'esgal de (Montaigne, Essais, éd. A. Thibaudet, livre 3, chap. 8, p. 1046); 1637 [traiter qqn] d'égal (Corn., Exc[use] à Ariste ds Littré); 3. ca 1165 « de même quantité, de même dimension » (B. de Ste-Maure, Troie, 1553 ds T.-L.); cf. 1283 mesures ... egaus (Ph. de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, éd. A. Salmon, § 746). B. En parlant de personnes ou de choses dont on compare les différentes parties ou les états successifs 1. ca 1165 « égal, uni, plat » (B. de Ste-Maure, op. cit., 26228); 2. 1580 « qui ne présente pas de variation dans son développement » (Montaigne, op. cit., livre 1, chap. 28, p. 221 : une chaleur ..., temperée au demeurant et égale); 3. 1651 « qui a les mêmes qualités qu'autrefois » (Corneille, Nicomède, IV, 5); 1671 Il est toujours égal à luy mesme (Pomey). C. En parlant de l'attitude de personnes envers d'autres personnes ou choses 1. 1641 « qui est impartial, sans préférence » d'où « indifférent » (Corneille, Horace, I, 1 : Égale à tous les deux jusques à la victoire, Je prendrai part aux maux sans en prendre à la gloire); 2. 1663 « qui est objet d'indifférence » La chose m'est égale (Id., Sophonisbe, IV, 5). Réfection, d'apr. le lat. class. aequalis de mêmes sens, des formes pop. uel, oel, evel, ivel (ca 1119 Ph. de Thaon, Comput, 270 ds T.-L.), issues de cet étymon. Fréq. abs. littér. : 6 487. Fréq. rel. littér. : xixe s. : a) 10 828, b) 9 359; xxe s. : a) 8 644, b) 8 134. Bbg. Gir. t. 2 Nouv. Rem. 1834, p. 35. − Gohin 1903, p. 351. − Gottsch. Redens. 1930, p. 187, 254, 257, 290. − La Ménardière (C. de). Le Fr. tel qu'on le parle. Fr. R. 1971, t. 44, p. 709. − Quem. 2e s. t. 1 1970. − Rog. 1965, p. 127.
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